Fini le temps où seules les grandes entreprises pouvaient peser dans la balance du développement durable. Aujourd’hui, les TPE et PME ont, elles aussi, un rôle clé à jouer dans la transition sociale et environnementale. Favoriser le développement économique local, améliorer les conditions de travail, réduire ses émissions de GES, adopter des pratiques d’éco-conception… Tous ces gestes peuvent être intégrés dans une stratégie RSE qui sert les objectifs de votre entreprise. Quels sont les avantages de se lancer dans une démarche RSE ? Est-ce obligatoire ? Quelles différences entre les référentiels, normes et labels ? Comment mettre en œuvre une stratégie RSE efficace ? Suivez le guide.
Qu’est-ce que la RSE ?
Une définition de la Responsabilité Sociétale des Entreprises
Contribuer aux enjeux du développement durable tout en étant économiquement viable, telle est la raison d’être de la RSE. Elle peut aussi se définir comme la capacité à prendre en compte et à répondre aux attentes de ses parties prenantes et de son écosystème. PME, TPE, grands groupes, collectivités, associations, toutes les organisations peuvent mettre en place une démarche RSE, quelles que soient leur forme juridique, leur taille et leur secteur d’activité.
Le périmètre de la RSE, tel qu’il est décrit par la norme ISO 26000, se concentre sur sept questions centrales :
- La gouvernance de l’organisation
- Les droits de l’Homme
- Les relations et conditions de travail
- L’environnement
- La loyauté des pratiques
- Les questions relatives aux consommateurs
- Les communautés et le développement local
De quoi répondre aux défis sociaux et environnementaux de notre société tout en améliorant la performance et la résilience de son entreprise.
Stratégie RSE : blabla ou démarche utile ?
On peut aborder la RSE de deux manières : faire de beaux documents pour répondre à des appels d’offres – mais ça ne durera probablement qu’un temps – ou l’intégrer réellement à sa stratégie d’entreprise, de façon simple et adaptée. Ceux qui choisissent la deuxième option ont compris sa valeur ajoutée pour la performance et la pérennité de leur entreprise !
Car oui, les avantages de la RSE sont nombreux :
- Réduire ses risques. Intégrer une démarche RSE est l’occasion d’améliorer la maîtrise de l’ensemble de ses facteurs de risques : économiques, juridiques, environnementaux, sociaux ou encore réputationnels.
- Anticiper les évolutions réglementaires. Se lancer dans une démarche RSE suppose de respecter la réglementation. Et anticiper, c’est gagner du temps et de la légitimité.
- Satisfaire les attentes de ses parties prenantes. De plus en plus éclairés et vigilants, financeurs, clients et partenaires attendent que votre entreprise joue un rôle dans la transition écologique et sociale.
- S’adapter au monde qui change. La RSE permet de faire évoluer ses pratiques, d’innover de manière durable, mais aussi d’imaginer les solutions de demain.
Intégrer la RSE dans sa stratégie d’entreprise, c’est aussi faire des économies, améliorer sa marque employeur, attirer des investisseurs. Avec, in fine, l’ambition d’assurer un avenir durable à son entreprise.
RSE : oui, elle peut être pragmatique !
Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, bon nombre d’entreprises appliquent déjà des principes RSE sans les nommer. Il s’agit alors d’en prendre conscience, de les structurer… et de passer à l’action : les améliorer, les compléter, les mettre en valeur, etc.
Vous pourrez ensuite définir vos vrais enjeux et prioriser vos actions, pour faire vivre votre engagement dans le quotidien de votre TPE ou PME :
- Enjeux économiques (évolutions technologiques, évolution des modes de consommation, résilience et agilité, facteurs politiques et légaux),
- Enjeux environnementaux (impact du changement climatique sur les activités actuelles et futures, accroissement des exigences réglementaires, fiscalité associée),
- Enjeux sociaux et sociétaux (relation de l’individu au travail, image, rapidité de l’information, groupes d’influence).
Pour s’assurer de leur bonne foi, les très grandes entreprises impliquées dans cette démarche sont soumises à des obligations en matière de responsabilité et de transparence. Elles doivent se doter de dispositifs extra-financiers pour mesurer leur performance en matière de développement durable, communiquer leurs résultats, mais aussi en rendre compte aux parties prenantes.
Comprendre les référentiels, normes et labels RSE
Les référentiels et normes RSE : ISO 26000, GRI, Global Compact
Les référentiels RSE, initiés au niveau international, aident les entreprises à structurer et à communiquer leurs actions en matière de développement durable.
La norme ISO 26000, le plus connu des référentiels, fournit des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale dans toutes les activités d’une organisation. Elle aborde des aspects tels que les droits humains, le travail, l’environnement, l’éthique et le développement communautaire. Contrairement à d’autres normes certifiables, ISO 26000 n’est pas destinée à obtenir une certification, mais sert de référence pour orienter les pratiques RSE et supporte de nombreux labels.
Citons également deux autres référentiels :
- Le GRI (Global Reporting Initiative) est un référentiel international de reporting RSE. Il propose des indicateurs standardisés — obligatoires ou optionnels — pour aider les entreprises à mesurer et communiquer de façon transparente leurs impacts sociaux, environnementaux et économiques.
- Le Global Compact, lancé par l’ONU, est une initiative d’engagement volontaire. Les entreprises signataires s’engagent à respecter dix principes universels relatifs aux droits humains, au travail, à l’environnement et à la lutte contre la corruption, et à publier chaque année un rapport de progrès.
L’un fournit un cadre structurant pour piloter sa stratégie RSE, l’autre permet d’affirmer publiquement son engagement en rejoignant une communauté internationale d’entreprises responsables.
Les principaux labels de reconnaissance
Pour valoriser leur engagement, de plus en plus d’entreprises choisissent de se faire accompagner et évaluer par des organismes indépendants. Les labels RSE permettent non seulement de structurer sa démarche, mais aussi de démontrer sa crédibilité auprès de ses partenaires, clients ou collaborateurs.
Plusieurs labels existent, adaptés aux réalités et aux ambitions des TPE et PME :
- Le label Rexcelys : pensé pour les petites structures
Développé spécifiquement pour les TPE et PME, Rexcelys s’appuie sur une approche concrète et opérationnelle. Inspiré de la norme ISO 26000, il propose des outils simples pour construire une démarche RSE à la fois structurée, dynamique et adaptée aux contraintes des petites entreprises. Il prend également en compte les évolutions réglementaires pour aider les entreprises à rester en phase avec leur environnement légal.
- Le label LUCIE 26000 : une démarche personnalisée
Autre acteur majeur, le label LUCIE 26000 accompagne toutes les organisations souhaitant intégrer la RSE au cœur de leur stratégie. Il se distingue par sa capacité à proposer des déclinaisons sectorielles (logement social, santé à domicile, formation, etc.), afin de répondre plus finement aux enjeux propres à chaque métier. Là encore, la norme ISO 26000 sert de socle méthodologique.
- Le label Engagé RSE – AFNOR Certification : une approche globale
Porté par AFNOR, Engagé RSE évalue les entreprises sur la base de 54 critères regroupés en huit grands chapitres, avec une déclinaison spécifique pour les TPE et PME de moins de 50 personnes (25 critères regroupés en six chapitres). Ces critères couvrent aussi bien les pratiques stratégiques et managériales que les résultats obtenus. Une approche globale qui permet d’identifier les points forts comme les axes de progrès, tout en structurant l’amélioration continue.
D’autres labels RSE généralistes, comme Positive Workplace, Positive Company ou PME+, reconnaissent et valorisent les efforts des sociétés en matière d’éthique, de bien-être au travail et de développement durable.
CSRD pour les TPE et PME : faut-il s’y plier ?
Dans le cadre de son Pacte Vert, l’Union Européenne s’est donnée pour ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Et pour inciter les entreprises à opter pour des pratiques durables, elle a notamment créé la directive CSRD, pour “Corporate Sustainability Reporting Directive”. Ce nouveau cadre de reporting extra financier, qui implique la création d’un rapport de durabilité, s’adresse aux entreprises européennes qui remplissent 2 des 3 critères suivants : 250 salariés, 50 millions d’euros de chiffres d’affaires et/ou 25 millions d’euros de bilan.
Et théorie, donc, vous n’êtes pas concerné en tant que PME ou TPE. Et pourtant… Par effet de ruissellement, vos clients et financeurs sont à même de vous réclamer un rapport de durabilité fournissant des informations “compréhensibles, pertinentes, vérifiables, comparables et fiables” (comme le demande la directive) pour leur propre rapport.
Par ailleurs, répondre à cette réglementation par un engagement volontaire est une façon de mettre en lumière votre engagement effectif et votre sérieux, d’autant plus si vous l’intégrez dans les processus et le système de management de votre entreprise. Une contrainte qui peut donc se transformer en opportunité ! N’hésitez pas à vous appuyer sur la VSME (Voluntary Standard for non-listed SMEs), une norme volontaire spécialement créée pour les PME et inspirée de la CSRD.
Mettre en œuvre une stratégie RSE
SMI-R : intégrer la démarche RSE à la démarche QSE
Il existe de multiples façons de mettre en œuvre sa stratégie RSE. L’une d’elle, que je prône avec ASa Conseil, consiste à combiner votre démarche RSE à l’adoption d’un système de management intégré QSE (Qualité, Sécurité, Environnement). C’est ce que l’on appelle le système de management intégré responsable (SMI-R) !
En fusionnant les principes de qualité, de sécurité, d’environnement et de responsabilité sociétale, cette approche intégrée offre à la fois l’efficacité opérationnelle et la pérennité économique, tout en répondant aux attentes sociétales croissantes en matière de durabilité et d’éthique. Une bonne manière de consolider les objectifs stratégiques et opérationnels de votre entreprise.
Les étapes clés d’une démarche RSE
Chez ASa Conseil, l’accompagnement RSE se décline en quatre étapes majeures :
- Initialisation. Dans un premier temps, nous travaillons sur les principes de la RSE et leur application pour votre entreprise.
- Enjeux et plan d’actions. Cette étape vise à étudier vos parties prenantes et votre environnement. Nous réalisons une hiérarchisation des enjeux et un plan d’action opérationnel.
- Mise en œuvre. Vos actions RSE prennent vie durant cette étape.
- Intégration à l’organisation. Cette dernière phase vise à définir une véritable politique RSE. Progressivement, nous allons mettre en place l’intégration au système de management existant. L’objectif est également d’évaluer les performances (sous la forme d’un rapport RSE) et de réaliser une pré-évaluation en vue de l’obtention d’un label.
Faire vivre la RSE au quotidien
Plusieurs bonnes pratiques permettent de piloter sa stratégie RSE de manière efficace. En premier lieu, je vous conseille de nommer un salarié dédié à la RSE au sein de votre équipe. Responsable RSE ou simple référent, il ou elle jouera un rôle central pour mobiliser l’ensemble des collaborateurs autour de la vision RSE de l’entreprise, en lien avec sa gouvernance.
Impliquer les collaborateurs est une évidence : la mobilisation autour de projets communs permet de créer de la valeur ajoutée, aussi bien pour l’entreprise que pour ses partenaires, et de créer une culture d’entreprise responsable. Autre bonne pratique : la formation. Former les managers et salariés aux grands enjeux du climat, de l’inclusion ou de la diversité permet à la fois de les acculturer et de leur donner envie d’agir.
En matière d’actions RSE, il en existe des centaines ! Établir un plan de réduction des déchets, choisir un fournisseur d’énergie verte, mieux gérer la température de ses locaux, optimiser les espaces de travail, promouvoir l’égalité femme-hommes… Un conseil : commencez par les actions les plus simples et dont le retour sur investissement sera rapidement visible. Pour motiver les troupes et être certain d’avancer, vous pouvez également rendre publics vos engagements RSE.
Mesurer et suivre sa performance
Le reporting RSE (Responsabilité Sociale d’Entreprise), également appelé reporting ESG (Environnement, Social et Gouvernance) ou reporting extra-financier, vise à cartographier l’ensemble des impacts positifs et négatifs de votre stratégie RSE pour souligner les leviers d’actions potentiels.
Parmi les indicateurs RSE les plus utilisés, citons ;
- Le bilan carbone, qui offre une vision de l’impact de vos activités en matière de gaz à effet de serre,
- L’empreinte eau pour visualiser votre impact sur cette ressource,
- Le global biodiversity score pour mesurer l’impact de votre entreprise sur le vivant,
- Le Baromètre des organisations inclusives de l’AFMD pour mesurer l’impact social,
- L’analyse de cycle de vie (ACV), pour mesurer tous les impacts d’un produit ou d’un service, de sa conception à sa fin de vie.
Ces indicateurs de performance jouent un rôle majeur pour évaluer la performance de votre démarche RSE et, plus largement, de votre système managérial. Des données précieuses pour ajuster votre plan d’action et favoriser une démarche d’amélioration continue.
Loin d’être une contrainte, la RSE représente une véritable opportunité pour les TPE et PME : innover, fidéliser, fédérer et créer de la valeur durable. Qu’il s’agisse d’initier une démarche ou de structurer des actions déjà existantes, chaque pas compte. Avec les bons outils, les bons référentiels et un engagement sincère, toute entreprise peut faire de la responsabilité sociétale un levier de croissance et un moteur de sens.